Le phénomène de Nécrophilie chez Ben Jelloun

Kamel riahi

L’humanité avait connu plusieurs phénomènes étranges àصورة travers sa longue histoire, notamment celui des cannibales qui, lors des grandes guerres et famines, avaient souvent recours à de singulières pratiques sexuelles à savoir la Nécrophilie. Un comportement qui consiste à manifester une attirance sexuelle morbide pour les cadavres. Certains pouvaient aller jusqu’au viol ou la mutilation et prenaient un plaisir sadique à leur faire subir des sévices sexuelles morbides. Cette déviance pathologique du comportement humain en évoque une autre, celle des pédophiles.

Phénomènes qui puisent leur caractère lubrique dans les profondeurs de l’inconscient humain. Mais qu’appelle-t-on un écrivain qui jubile sur les cadavres des martyres ? Qu’appelle-t-on celui qui se permet de mutiler la renommée d’un martyr, la vide de toute valeur et la transforme en une sorte de marchandise à vendre au plus offrant. Peut –on l’appeler le mercenaire des martyrs ou bien l’ « anthropophage des martyrs » ?

Depuis quelques années, il m’arrivait souvent de lire certaines prises de positions de l’écrivain Mohamed Chokri concernant Tahar Ben Jelloun. En effet, je m’étonnais de l’hostilité dont faisait preuve l’auteur du « pain nu » en parlant de l’opportunisme de celui qui l’avait présenté à la scène littéraire française et mondiale. D’ailleurs Ben Jelloun ne fût –il pas lui-même le traducteur du « pain nu » de Chokri, une traduction qui ouvrit à ce dernier les voix de la notoriété.

Mon étonnement prit fin en découvrant ce que Ben Jelloun avait écrit dans ses deux recueils sur les Révolutions arabes et en particulier la Révolution tunisienne. : « par le feu » et « L’étincelle : Révoltes dans les pays arabes », deux écrits qui excellent dans une sorte de prostitution politique émanant d’un auteur bénit par la machine de la francophonie avec qui il flirte depuis bien longtemps et qui tient à exporter à l’occident cette image décadente que ce dernier a toujours voulu voir du monde arabe. Bien que nous n’ayons jamais entendu parler de l’appui de Ben Jelloun pour une cause politique arabe ou de son soutien pour les auteurs arabes résistants ou bien qu’il ait profité de son pouvoir au sein des journaux français les plus prestigieux pour stigmatiser les dictatures arabes. Il a toujours été le premier à se précipiter à la première invitation dans les bras des capitales arabes croupissant sous des potentats. Et le premier à accourir tel un vampire du moyen-âge vers le sang des martyrs des Révolutions arabes.

 

 

 

Au galop vers l’événement :

Ben Jelloun- détenteur du prix Goncourt était parmi les premiers auteurs d’origines arabes, résidants en occident qui se sont précipités pour écrire à propos du printemps arabe. Il s’est mis à barbouiller par-ci par là dans la presse française pour finalement réunir cet amas d’écrits dans deux recueils dont le premier s’intitule « l’étincelle »et qui est traduit dans toutes les langues du monde puis vient le second « par le feu » qui porte l’indication du genre Roman, sauf que le livre a été un scandale littéraire parfait par assonance avec l’expression « le crime parfait ».

 

Par le feu …Une touche pionnière dans la médiocrité littéraire :

Les tunisiens parlent souvent d’auteurs qui ont subitement endossé les principes de la révolution et se sont précipités pour écrire des romans à la hâte, quant à la presse tunisienne et arabe elle faisait courir le bruit sur un prestigieux roman écrit par Ben Jelloun sur la biographie du martyr tunisien Mohamed Bouazizi. Faute d’avoir lu le texte, la presse considère cette initiative de la part d’un prix Goncourt et célèbre auteur francophone comme étant un hommage rendu à la première étincelle du printemps arabe. Cependant, dés que nous abordons le texte ou « le roman » en question nous nous trouvons face à une espèce de traumatisme littéraire, ainsi plusieurs questions nous interpellent : comment se fait –il qu’un grand nom tel que Ben Jelloun se retrouve compromis dans une telle imperfection littéraire.

Alors quels sont les symptômes de la médiocrité romanesque ? Quant à Ben Jelloun n’a-t-il pas le droit d’écrire sur Mohamed Bouazizi ?

 

Un personnage référentiel sans référence :

Selon la classification de Philippe Hamon qui réunit les personnages historiques, légendaires, allégoriques et sociales. Il est certain que tout auteur a le droit de transformer un personnage référentiel, en un personnage fictif au sein d’un travail romanesque. Ainsi Rachid Boujedra invite-il le personnage de Tarek Ibn Ziad dans « la bataille du Zouqàq », d’autres interpellent Al Moutanabi’ , Waciny Laârej invita également le prince Abdelkader et Ben Salem Hamish écrivit la biographie de Ibn KHaldoun dans son roman « Al Allama ». Alors pourquoi Ben Jelloun n’écrirait-il pas sur le martyr Mohamed Bouazizi ? Néanmoins, tous ces auteurs ont passé des années à fouiner dans les vies de certains personnages référentiels afin de s’en inspirer ou les transposer dans l’univers romanesque. Car le roman ne concède jamais sa principale fonction qui est celle du vraisemblable. Ainsi la recherche dans la biographie d’un personnage qu’il soit historique ou référentiel devient une nécessité pour le romancier qui aura par conséquence tous les droits pour effectuer la mutation de son personnage de la réalité à l’univers fictif. Outre cela, Ben Jelloun s’est révélé inconséquent dans l’ébauche des traits de caractère du personnage de Bouazizi, surtout lorsqu’il prend comme postulats les histoires qui courent un peu partout à son propos, en particulier avant la fuite de Ben Ali.

Nous voilà dans le récit de Ben Jelloun face à un Bouazizi titulaire d’une maîtrise en Histoire et dont l’auteur n’hésite pas à en faire un militant de gauche à l’université. Avec cette erreur d’ordre biographique l’auteur prive le martyr de son droit d’appartenir à la masse populaire et l’intègre de force dans la catégorie de l’élite de gauche, s’obstinant ainsi à faire un portrait stéréotypé d’un universitaire, activiste-politique qui appartient à l’opposition et sera par la suite condamné, par la dictature de son pays, au chômage en guise de châtiment. Or, la vérité est toute autre, car Bouazizi n’a même pas le bac et n’a jamais connu l’université ni de prés ni de loin.

Des noms marocains pour des personnages tunisiens :

Les hérésies de Ben Jelloun continuent avec l’intrusion d’un personnage opportuniste jouant le rôle de l’antihéros et s’opposant à Bouazizi l’homme de principes. Mais le plus drôle c’est que Ben Jelloun lui attribue le nom de Bouchaîb, un nom marocain quasiment inexistant en Tunisie. Ainsi l’élément tragique devient élément comique et trahit la difformité de ce que l’auteur commet dans ce roman, notamment par son recours à certains clichés figés souvent utilisés dans des feuilletons arabes trop crédules. En effet, Bouchaîb incarne le personnage d’un commerçant riche et ignorant qui profitera de la pauvreté de Bouazizi pour lui demander la main de sa sœur cadette, en échange il fera de lui son associé et assurera sa protection contre la police.

La ville de sidi Bouzid, une ville touristique !

Et le comique continue dans le roman de « par le feu ». Son auteur y présente Sidi Bouzid cette ville pauvre, délaissée et conservatrice comme si elle était New-York avec ses buildings aux façades vitrées ou la métropole avec ses cafés mixtes et ses salons de thé où Bouazizi avait l’habitude de retrouver sa petite amie , ou bien encore comme si les rues de Sidi Bouzid ,cette ville conservatrice, étaient des rues parisiennes où les amoureux pourraient s’embrasser en toute liberté et n’auraient aucune difficulté à faire l’amour. [Voir citation page 133, prière de revenir au texte d’origine en français]

Par moments, Sidi Bouzid paraissait au lecteur comme si elle était Sidi Boussaîd . L’auteur a tenu à en faire l’image d’une ville touristique et à faire du frère de Bouazizi un guide touristique qui subit souvent les intimidations de la police en raison du passé politique de son frère. Parfois même, Sidi Bouzid se retrouve métamorphosée en la place du « fenaaالفنا » au Maroc, où certains s’amusent à faire danser des singes et des perroquets [voir citation du texte original page 148]

Étant donné que Ben Jelloun n’avait aucune idée des particularités de la société tunisienne, il n’hésite pas à faire du vendredi et du samedi jours de congé hebdomadaire comme il est le cas pour le restant des pays arabes, puisque toutes ces contrées, sont pour lui, identiques.

 

 

Ben Jelloun prolonge l’ère Ben Ali de sept années :

En ce qui concerne les réalités historiques, elles semblent n’avoir aucun sens pour Ben Jelloun à un tel point qu’il confond l’ère Bourguibienne et celle de Ben Ali. Il parle d’une trentaine d’années de gouvernance alors que Ben Ali n’en a effectué que vingt-trois. Le narrateur cite : [voir cit. page 152]

Pour finir, Ben Jelloun achève ses bouffonneries en modifiant la monnaie de la Tunisie et voilà le Rial qui prend la place du Dinar.

Les clichés l’aspect le plus fréquent du roman :

Les clichés semblent ne pas avoir de limites dans ce récit, l’auteur évoque même les islamistes et parle de leurs intimidations exercées sur Bouazizi allant jusqu’à l’accuser d’athéisme. Mais la plus burlesque des ingénuités que nous rencontrons dans ce roman c’est bien la manière avec laquelle Bouazizi s’est débrouillé pour avoir un capital qui lui permettra d’acquérir sa première marchandise. En fait, la fantaisie débordante de Ben Jelloun l’a poussé jusqu’à imaginer cette anecdote sur l’existence d’un Loto à la faculté de Lettres que Bouazizi avait gagné au tirage. Le prix était un billet d’avion pour la Mecque, alors le jeune homme s’est mis à la recherche d’un pèlerin qui serait tenté par le pèlerinage. Avec cet argent, il a pu acheter des fruits dont il rempli la carriole de son père puis s’est mis à la remorquer tel un marchand ambulant. [Voir citation page 128]

Cette fantaisie ne peut que me rappeler des sujets d’expression écrite rédigés par des élèves du primaire, aucune logique ni réalisme qui régissent le récit. Cela est probablement du au fait que l’auteur de « la nuit sacrée » n’a aucune connaissance de l’université tunisienne ni des climats régnants aussi bien en Tunisie que dans les pays arabes, ou que c’est tout simplement du à une indigence dans l’imagination même.

L’une des facéties les plus amusantes est celle qui clôture le livre, lorsque Ben Jelloun critique à travers son narrateur l’initiative d’un producteur tunisien qui avait proposé à la famille Bouazizi la production d’un film sur la vie de leur fils- martyr. A l’occasion Ben Jelloun affabule une réaction des plus fantaisistes attribuée à tort ou à raison à la sœur de Mohamed Bouazizi et sur laquelle s’achève le roman. [citation page 176]

Il s’est avéré que l’imperfection que nous avons lu dans le texte d’un auteur détenteur du prix Goncourt ne peut pas être laissée sur le compte de l’écriture sur commande ou à la demande, car cet acte ne peut pas appauvrir l’imagination d’un auteur à ce point, encore moins de l’empêcher à fournir l’effort de situer son texte dans son cadre spécifique quel qu’il soit géopolitique, social ou anthropologique. En somme, il est question d’un texte qui a administré au talent de Ben Jelloun le coup de grâce et mis son patrimoine romanesque dans le collimateur. Ce texte a donné une preuve incontestable de l’existence d’une plume dont le degré d’arrivisme est digne d’un Goncourt.

Note : d’après Tahar Ben Jelloun ,Bouazizi s’est immolé par le feu avec un briquet de la marque française BiC.

Tahar écrit avec un stylo Bic et allume sa cigarette avec un briquet Bic, Tahar s’il voulait faire du sport ne chausserait que des espadrilles signées « le coq sportif » et ne mettrait qu’un T-shirt et un short de cette même marque, Tahar est un fidèle du Bic et du coq, alors comment peut-il permettre que Bouazizi brûle par un autre feu que celui d’un briquet Bic ?

Comment peut-il, aussi, admettre que les Révolutions arabes éclatent à l’insu de la France ?

Comment se fait-il qu’une révolution puisse éclater sans la flamme du Bic ?

Contrairement aux autres enfants arabes, Tahar connaissait très bien la signification de cette petite chansonnette pour enfants : « ô toi mon coq, toi, qui, es mon fidèle ami », mais Tahar la déformait en disant : « ô toi mon Bic, toi qui es mon fidèle ami »

A l’époque personne n’avait remarqué le génie de l’enfant prodige jusqu’au jour où une autre civilisation l’a repéré. Mais Tahar, le fidèle arabe n’a de cesse de nous mettre dans l’embarras en étant toujours présent pour rendre hommage à nos martyrs. Tahar a été toujours digne de ce nom !

TR : Mona Besbes

 

A propos kamelriahi

KAMEL RIAHI Kamel riahi: tunisian novelist and journalist , born in 1974. He works as a cultural correspondent for prominent universal broadcasting including; newspapers, televisions and news agencies. He worked as the head of translation department at Arab Higher Institute for Translation in Algeria .In 2010, he returned to Tunisia where he joined the ministry of culture and took charge of the cultural panel in important spaces in the Tunisian’s capital. In 2007, got the “Golden Alcomar” prize to the best novel named “the scalpel” in Tunisia.In 2009 he was the only winner in “the Beirut 39” literary contest organized by high festival foundation to choose only 39 best arab novelists .One of the best five writers under the age of forty selected to participate in “the Bouker’s competition for two rounds. He issued a set of literary and monetary books such as; “Gulls memory” , “Stole my face” , “the scalpel” , “the gorilla” , “the movement of narrative fiction and it’s climate” and “thus spoke Philippe lejeune” and “the novel writing of wasiney al aaradj”.Some of his works have been translated into French,English,Italian,Hebrew and Portuguese languages.
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