al-Gourilla héros de Notre révolution !Adel Haj Salem

Depuis son premier roman « al-michrat » (le scalpel) » grand prix du Comar, le Goncourt tunisien, le jeune romancier tunisien Kamel Riahi, est Diapositive1devenu célèbre et de ce fait traduit en plusieurs langues. Cet excellent roman lui a ouvert la voie vers d’autres langues et d’autres espaces d’expression..
Sa dernière parution, « le Gorille », éditée en ce mois de décembre chez l’illustre maison libanaise « Dar Alsaqi »,raconte une belle version dramatique de la révolution tunisienne.

Des personnages vivent leurs marginalités, choisies par les uns et leur sont imposées pour les autres, mais tous appartiennent aux zones d’ombre sociale d’où émergent les héros, les vrais, de la révolution tunisienne. Les marginaux, comme tous ceux-celles qui ont été marginalisé(e)s sont peut être incapables de dire leur réel socio-politique (avec la fi nesse et la délicatesse de ce beau monde d’avocats et d’activistes politiques qui occupent depuis presque une année la quasi-totalité de notre espace médiatique et notre horizon d’action), mais ils sont des nôtres. Ils appartiennent à notre souffrance, à notre malaise commun et à notre incertitude par rapport à ce qui s’est passé réellement, et surtout à ce qui va se produire : la question-blessure : quelle forme aura notre prochain supplice ?
Kamel Riahi cite les lieux d’écriture : Tunis ; Abu Dhabi, Alger, Beyrouth… et la période qui s’étend entre 2007 et 2011…chose qui choquerait un peu le lecteur, au regard des liens entre les faits et ceux de la révolution – procédé qui nous rappelle le roman de Ghada Samman «Beyrout 75» écrit en 1974 avec la prophétie d’une guerre civile au seuil de la porte. Le romancier, après le mot «fi n», nous offre un chapitre supplémentaire portant le titre « 14 janvier», le jour de la fuite du Tyran et le même jour où Kamel a décidé de regagner la capitale après quelques semaines de solitude dans la maison familiale d’un village perdu dans le nord ouest, sans connexion internet, une connexion gsm perturbée.. Il appelle sa femme, prend connaissance de ce qui passe au pays, et décide de rentrer. Un chapitre autobiographique en totale harmonie avec le texte de fi ction et qui éclaire ce que nous avons vécu pendant plusieurs jours après le 14 : notre peur, notre solidarité, les comités populaires des quartiers, la terreur semée par les snipers, l’hypocrisie des membres du parti déchu du pouvoir… et surtout… surtout le fait de nous priver de célébrer notre victoire…

«Le gorille», Salah Maleh, Salah Bourguiba… l’homme condamné à être marginal par une série de coïncidences qui rappellent la tragédie grecque : un «bâtard», de peau noire, qui a cru –pour avoir vécu dans un village S.O.S, ancien orphelinat baptisé : Enfants de Bourguiba- que réellement il était du sang à ce grand leader de la Tunisie… Alors, il fera tout pour être le gardien du tombeau de « son » père. Il clot cette étape de sa vie par le tir d’une rafale de sa propre arme sur le « temple ». Ce qui le rend « objet » d’une poursuite policière intense menée par son rival de toujours « Ali Kleb ». Il l’a même mêlé à la triste -et ambiguë- affaire de Soliman en 2008, que les autorités déchues avaient attribuée à un groupe de salafi stes tunisiens… Un flic ripoux jusqu’à la moelle, qui ne trouve pas de limites suite à la nature policière du régime et aux rapports qu’il avait su tisser avec le clan
mafi eux de la famille présidentielle..

Ni monstres ni saints, ni victimes ni bourreaux

Les personnages de Kamel Riahi sont faciles à distinguer par les habitués du centre ville de la capitale… l’Avenue Bourguiba et alentours…

Les ressemblances jaillissent d’entre les lignes, vous imposent des images du quotidien de la capitale… des images, mais aussi un mode de vie, celui des marginalisés… des gens simples qui ne sont ni monstres ni saints, ni victimes ni diables, mais qui sont des épinglés sur la marge ou des entités contraintes d’y demeurer pour sauver leur dignité ou ce qu’il en reste. Des êtres que le système éducatif, économique, politique, leur a tracé des zones d’ombre où ils doivent circuler, vivre et périr. Ils sont anonymes… ils sont la foule. Parfois ils deviennent « le peuple » que les autorités (et ses semblables-rivaux ) adorent parler à son nom, adorent parler, planifi er et gouverner ou s’opposer au gouvernement à son nom…

Ces personnages n‘ont qu’une chance pour manifester leur existence, leur souffrance et leur différence : c’est de chercher une mort spectaculaire… une mort qui obligerait les autres à s’en souvenir… mais qui inscrirait probablement chez les uns le nonsens de la vie, et chez d’autres la volonté de vivre… la volonté de s’arracher à une vie digne de son nom… une vie qui ne peut être vécue qu’avec le « smig » de la dignité… Feu Bouazizi l’a entrepris un certain 17 décembre 2010 en s’immolant par le feu.. Ce feu continue à illuminer notre vérité : nous sommes tout le monde, des Hommes qui ont droit à la dignité et à l’égalité.

« le gorille » de Kamel Riahi a choisi un même dénouement : il fait son spectacle du haut du monument installé par le dictateur au coeur de la ville ; une horloge géante qui a remplacé la statue équestre de Bourguiba. Défi ou refus ?

C’est tout comme… une façon de démontrer que la police – contrairement à l’image qu’elle fait circuler- ne peut nullement contrôler les intentions des citoyens, leurs actes et leurs rêves. Et «le suicide » du Gorille enfl amme le peuple et l’incite à se révolter…

Avec beaucoup de savoir faire et une langue arabe fi ne et poétique, voilà que la révolution commence à imprégner notre littérature.

Adel Haj Salem

Al-Gourilla (Le Gorille). Arabe. 190 pages. Ed. Dar Alsaqi. Beyrouth 2011.

par : Adel haj Salem (Le Temps, Semaine du 24 au 30 Décembre 2011).

A propos kamelriahi

KAMEL RIAHI Kamel riahi: tunisian novelist and journalist , born in 1974. He works as a cultural correspondent for prominent universal broadcasting including; newspapers, televisions and news agencies. He worked as the head of translation department at Arab Higher Institute for Translation in Algeria .In 2010, he returned to Tunisia where he joined the ministry of culture and took charge of the cultural panel in important spaces in the Tunisian’s capital. In 2007, got the “Golden Alcomar” prize to the best novel named “the scalpel” in Tunisia.In 2009 he was the only winner in “the Beirut 39” literary contest organized by high festival foundation to choose only 39 best arab novelists .One of the best five writers under the age of forty selected to participate in “the Bouker’s competition for two rounds. He issued a set of literary and monetary books such as; “Gulls memory” , “Stole my face” , “the scalpel” , “the gorilla” , “the movement of narrative fiction and it’s climate” and “thus spoke Philippe lejeune” and “the novel writing of wasiney al aaradj”.Some of his works have been translated into French,English,Italian,Hebrew and Portuguese languages.
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