Le grand réveil du roman arabophone Inconnus en France, les romanciers maghrébins de la nouvelle vague émancipent la langue et bousculent leur société

 Journal Le Monde (Le Monde des Livres)
IMG_40327 juin 2013
Le grand réveil du roman arabophone
Inconnus en France, les romanciers maghrébins de la nouvelle vague émancipent la langue et bousculent leur société

Vus de France, Youssef Fadel, Samir Kacimi, Kharia Boubtan et Kamel Riahi sont des romanciers invisibles. Par leur faute, pleine et entière : tous écrivent en arabe, classique et/ou dialectal. Leurs livres, édités au sud de la Méditerranée, y restent cantonnés. Ce n’est pas leur seul point commun. Chacun représente, à sa manière, la nouvelle vague du roman maghrébin.

Presque aussi connu au Maroc que son compatriote Mohamed Berrada (dont Actes Sud vient de traduire Vies voisines, édité par Le Fennec), Youssef Fadel, né en 1949 à Casablanca, a écrit son premier roman en 1974, en prison, où il avait été jeté après la publication d’une pièce de théâtre jugée outrageante. L’eau a coulé, depuis, sous les ponts chérifiens. Il n’est plus interdit d’évoquer les années de plomb, celles du bagne de Tazmamart et des suppliciés du royaume. Le catalogue des livres en arabe (ou bilingues) du Fennec ou celui de la maison d’édition Toubkal en témoignent.Diapositive1

Le vent de liberté qui a soufflé sur le Maroc dès avant la fin du règne d’Hassan II a profité à la langue arabe, désormais moins sage et corsetée. Farouk Mardam-Bey, qui dirige, à Paris, la collection  » Sindbad  » chez Actes Sud, donne en exemple les livres de Moubarak Rabia ou de Miloudi Chaghmoun. Quant à Youssef Fadel, Actes Sud a prévu de traduire, en 2014, l’un de ses (nombreux) romans.

En Algérie aussi, les lignes bougent. Par la grâce de jeunes romanciers, qui décrivent souvent crûment les travers de leur société. La jungle des nuits urbaines, l’arbitraire policier, le désordre mental d’une génération paumée : il y a cela et plus encore dans les livres de Samir Kacimi, l’un des auteurs phares des éditions algéroises El Ikhtilef – qui ont conclu un partenariat avec une maison d’édition au Liban.

 » Quelque chose se prépare « 

 » Samir Kacimi est un très bon bilingue, ce qui est rare – et il l’assume, ce qui l’est plus encore « , dit de lui l’écrivain Waciny Laredj. Né en 1974, le futur romancier n’avait pas 20 ans quand les premiers morts de la guerre civile algérienne sont tombés. L’un de ses romans, écrit en arabe, mais avec un titre en français, Déclaration de perte (El Ikhtilef, 2009), décrit le cauchemar d’un homme qui va au commissariat déclarer la perte de ses papiers d’identité : son destin bascule soudain dans la tragédie.

En France, Emmanuel Varlet, chargé de promouvoir les littératures arabes au sein de la collection  » Cadre vert  » du Seuil, évoque avec gourmandise (et prudence) un imminent  » réveil  » du Maghreb.  » Le travail sur la langue, autant que les thématiques abordées, laissent à penser que quelque chose se prépare « , note-t-il. Il suit de près quelques auteurs  » prometteurs  » – en Tunisie, notamment.

Le jeune Kamel Riahi, dont trois romans ont déjà été édités à Beyrouth, fait partie, précisément, des nouveaux écrivains arabophones  » les plus en vue  » en Tunisie, souligne Waciny Laredj – romancier chevronné et chroniqueur à la revue mensuelle Dubaï Culturel (Ethakafia), célèbre dans tout le Moyen-Orient.

Au firmament, encore incertain, du nouveau roman arabophone maghrébin, le nom d’une Tunisienne, également éditée à Beyrouth, revient souvent : Kharia Boubtan, qui a publié de la poésie et s’apprête à faire paraître son deuxième roman.  » Elle raconte la nouvelle Tunisie, celle d’après Ben Ali, mais loin des discours dominants « , observe encore Waciny Laredj.

Le roman maghrébin,  » du fait de sa proximité avec l’Europe « , se montre  » souvent plus audacieux, dans la langue et dans les thèmes  » que son cousin moyen-oriental, assure un autre éminent écrivain arabophone, le Tunisien Habib Selmi, invité, comme l’Algérien Waciny Laredj, à la Comédie du livre de Montpellier. Le débat est lancé.

C. S.

© Le Monde

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À propos de kamelriahi

KAMEL RIAHI Kamel riahi: tunisian novelist and journalist , born in 1974. He works as a cultural correspondent for prominent universal broadcasting including; newspapers, televisions and news agencies. He worked as the head of translation department at Arab Higher Institute for Translation in Algeria .In 2010, he returned to Tunisia where he joined the ministry of culture and took charge of the cultural panel in important spaces in the Tunisian’s capital. In 2007, got the “Golden Alcomar” prize to the best novel named “the scalpel” in Tunisia.In 2009 he was the only winner in “the Beirut 39” literary contest organized by high festival foundation to choose only 39 best arab novelists .One of the best five writers under the age of forty selected to participate in “the Bouker’s competition for two rounds. He issued a set of literary and monetary books such as; “Gulls memory” , “Stole my face” , “the scalpel” , “the gorilla” , “the movement of narrative fiction and it’s climate” and “thus spoke Philippe lejeune” and “the novel writing of wasiney al aaradj”.Some of his works have been translated into French,English,Italian,Hebrew and Portuguese languages.
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